Espace adhérents

Economie circulaire

Economie circulaire : bienvenue aux industriels de la détergence

Réduction du poids des emballages, matières premières biosourcées, concentration des produits… les industriels de la détergence entrent dans la danse de l’économie circulaire. Tour d’horizon des projets et des actions.
picto
Le monde ne tourne pas rond. C’est en tous cas ce que disent les fervents supporters de l’économie circulaire. La terre s’assèche de ses richesses, les glaces fondent à trop grande allure : de nouveaux modèles de production et de consommation doivent voir le jour. Les industriels, dont ceux de la détergence, ont leur mot à dire dans cette révolution.

On en a tant parlé…

Que de chemin parcouru en 30 ans, depuis que Walter Stahel, analyste économique Suisse, a évoqué les bases de l’économie circulaire. Trois décennies pour convaincre des bienfaits du passage d’un modèle linéaire (extraire, produire, consommer, jeter) à un modèle circulaire où les déchets des uns peuvent devenir la matière première des autres. Un nouveau mode de travail associant différents acteurs industriels et forces régionales pour des solutions valorisant les fonctionnalités, les usages.
Dorénavant les partisans peuvent se réjouir : l’économie circulaire fait son entrée dans la loi de transition énergétique et ne manquera pas d’enrichir les débats de la Cop 21. Une avancée malgré la frilosité de la commission européenne qui a décidé de retirer de son programme de travail, le paquet législatif sur l’économie circulaire.
A la mode ou pas, bon nombre d’industriels n’ont pas attendu que les pouvoirs publics se préoccupent de la question. Certains ont été des précurseurs, d’autres ont mis en place les premières bases de l’économie circulaire. Les industriels de la détergence en sont un bon exemple.

Une boucle technique, une boucle biologique

« Pour nous, l’économie circulaire est une réelle volonté d’agir au mieux sur l’environnement et la qualité de vie » affirme Joséphine Copigneaux, Responsable marketing de Werner & Mertz, une entreprise à dimension européenne qui fabrique et commercialise des produits de nettoyage. Fin des années 90, le groupe se lance dans la certification ISO 14001 et Emas de son site. Une initiative encore rare à l’époque. Werner & Mertz exclut de ses usines le chlore, diminue sa consommation d’électricité et utilise autant que possible de l’énergie renouvelable.
Réduction du poids des emballages, produits sans phosphates, le groupe monte progressivement en puissance dans l’aventure Cradle to Cradle ou dit du « berceau au berceau ». En d’autres termes, rien ne se perd, tout se transforme. Le produit est éco-conçu pour qu’après son recyclage, il génère une matière réutilisable pour de nouveaux produits. Et chez Werner & Mertz tout le monde est impliqué dans cette circularité, les fournisseurs en premier lieu. Chaque ingrédient est répertorié dans une base de données pour être régulièrement évalué et noté. Quant aux emballages "PET", ils sont composés de "99%" de Pet recyclés. Autre démarche vertueuse : Werner & Mertz privilégie les ressources locales. « On a commencé à développer des formules avec des tensioactifs d’origine européenne, de l’huile d’olive, de colza et des sous-produits venant de terrains mal utilisés» précise Joséphine Copigneaux.

Le recyclage, une première étape

La valorisation des déchets est au centre du sujet. Elle contribue notamment à réduire la consommation des ressources naturelles non renouvelables. Mais qui dit valorisation dit recyclage.
En France, depuis 1992, la loi oblige les producteurs ou les responsables de la mise sur le marché d’emballages ménagers, à contribuer à leur élimination. D’autres textes sur le tri, ou encore sur l’écoconception enrichiront ce cadre législatif.
En 2013, 1 090 000 tonnes d’emballages plastiques à destination des consommateurs ont été mises sur le marché dans l’hexagone dont 41% sous forme de bouteilles et de flacons. Plus de la moitié de ces flaconnages plastiques ont été recyclés. Valorplast est un des acteurs majeurs du marché sur tout le territoire.
« Au fur et à mesure, nous avons contribué à créer un maillage d’usines et de recyclage. Aujourd’hui nous pouvons compter sur une industrie du recyclage pour chaque matière : PET, PEhd et PP » explique Catherine Klein, directrice générale de Valorplast. A quelques détails près pourtant. L’augmentation du nombre d’emballages en PET opaques pose problème aux recycleurs tout comme le silicone ou les métaux insérés dans les systèmes de pompes des emballages qui risquent de perturber la chaine de recyclage.  
Ces questions sont notamment traitées entre industriels et recycleurs au sein du COTREP (Comité Technique pour le Recyclage des Emballages en Plastique) qui émet des avis techniques sur la recyclabilité des emballages.
« Aujourd’hui nous devons relever le défi du recyclage des autres emballages plastiques comme les pots, les boites ou encore les barquettes » ajoute Catherine Klein. Une priorité au regard des objectifs fixés par la loi de transition énergétique : la collecte sélective des emballages plastiques élargie sur tout le territoire français en 2022. Une ambition qui nécessite la présence et la modernisation des centres de tri.

Les efforts des industriels

« Emballages plus légers, produits concentrés, utilisation de matières recyclées et biosourcées… Tous ces éléments sont en marche depuis vingt ans » rappelle Claire Dadou-Willmann, Déléguée générale de 2 ACR.
Dans l’industrie de la détergence et des produits d’hygiène, on connaît bien ces sujets. Chaque jour en France, 17 millions de charges de linge sont lavées en machine. 80% de la lessive est vendue sous forme de liquide et de capsules hydrosolubles.
Ces petits berlingots, à dosage unique, permettent de réduire les quantités de lessives, de matériaux d’emballages et in fine d’émissions de CO2 provoquées par le transport de volumes importants.
L’industrie de la détergence a aussi misé sur la sensibilisation des consommateurs en leur recommandant de laver le linge à 30 degrés. La campagne « I prefer 30° » a relayé le propos partout en Europe à l’initiative de l’AISE, le syndicat européen de la détergence. En France, l’AFISE, l'association professionnelle qui rassemble les industriels de la détergence, des produits d'entretien et des produits d’hygiène industrielle a mis en ligne le site : www. http://www.iprefer30.eu/fr.
« Finalement, les industriels sont entrés dans l’économie circulaire depuis déjà longtemps en se souciant de l’écoconception, et du recyclage » déclare Vincent Colard, chargé de mission environnement à Elipso, syndicat de l’emballage plastique et de l’emballage souple.
C’est un peu l’histoire de Promer, une entreprise de 35 personnes fabricant de détergents pour les marques des distributeurs. « Je crois que l’on fait un peu d’économie circulaire » déclare avec prudence Benoit Choplin, Directeur commercial. Il est entendu que le sujet n’est pas l’apanage des grands industriels. « Depuis 2007, nous agissons sur la diminution des rejets, la réduction des énergies carbonées. Nous avons divisé par 7 notre bilan carbone» indique Benoit Choplin.
L’entreprise souffle les emballages, travaille sur des produits concentrés et recycle les capsules vides. Elle commercialise aussi une gamme écologique de laquelle découle deux actions environnementales : Bee acting et Tree acting. En contre partie de litres de produits achetés, Promer parraine des colonies d’abeilles et plante des arbres, une initiative pour notamment équilibrer le bilan carbone 2015.